Ce qui fait une énorme part de l’identité des territoires ruraux, c’est l’agriculture. C’est donc sur ce sujet que nous allons concentrer notre réflexion.
Les agriculteurs et leur capacité d’adaptation climatique
Le dérèglement climatique a un impact majeur sur toutes les activités agricoles, alimentaires ou non. Des solutions existent, à condition qu’on fasse confiance aux agriculteurs et à leur capacité d’adaptation et d’innovation ! C’est d’ailleurs ce qu’ils font depuis des millénaires, même si les changements actuels sont inédits de par leur brutalité et leur accumulation.
De plus, la France a la chance d’avoir une grande diversité, à la fois, de biotopes et de modèles agricoles, fermes en polyculture ou grandes exploitations céréalières, d’espèces élevées et cultivées, de forêts, etc. : cette diversité existante est une source de résilience et d’adaptabilité.
Les solutions sont, comme souvent, multifactorielles. Miser sur un seul levier serait prendre le risque d’une mal-adaptation. C’est en combinant plusieurs approches que nous construirons une agriculture réellement résiliente face au changement climatique.
Ainsi, l’irrigation et la protection de nos ressources en eau sont toutes deux indispensables.
Plus la température extérieure s’élève et plus nos besoins en eau augmentent. Alors même que c’est justement à ces périodes que l’eau se fait plus rare.
Or, les haies, les arbres et l’agroforesterie, les bandes enherbées retiennent l’eau et le sol, donnent de l’ombre aux troupeaux et protègent des vents, créent des microclimats plus favorables tout en pouvant fournir des ressources alimentaires (noisettes, prunes, framboises, …).
La ripisylve sur leurs berges protège ruisseaux et rivières et garde l’eau, ses poissons, sa faune et sa flore au frais. Les zones humides, véritables éponges, conservent l’eau, en particulier en montagne là où les nappes phréatiques sont rares.
En Espagne, ce sont plus de 45 milliards de m3 d’eau qui sont stockés chaque hiver. Les pays du sud nous montrent donc une voie où irrigation et préservation des ressources en eau sont compatibles.
L’utilisation des usines de dessalement de l’eau de mer ne doit plus être tabou. Dans ce domaine, comme dans d’autres, les progrès des techniques réduisent à la fois leur coût énergétique et leur impact sur le milieu naturel. C’est l’Espagne, encore une fois, qui nous le montre.
Et bien sûr nous devons faire un « bond en avant » concernant l’utilisation de nos eaux usées.
Le sol est lui aussi une ressource stratégique.
Toutes les pratiques qui renforcent sa structure, sa vie biologique et sa capacité à stocker l’eau (réduction du travail du sol, couverts végétaux lorsque les conditions le permettent, augmentation de la matière organique) devront être privilégiées. Mais cette transition entraîne souvent, selon les contextes pédoclimatiques, une baisse de rendement pendant plusieurs années. Ce risque économique ne peut pas être assumé par les seuls agriculteurs : il doit être partagé par l’ensemble de la chaîne alimentaire et des filières et accompagné par les politiques publiques.
Nous devons également adapter nos cultures et nos modes d’élevage aux nouvelles conditions climatiques.
Si l’irrigation est nécessaire, le climat se réchauffant toujours plus, elle ne suffira pas à préserver nos rendements agricoles. C’est aussi grâce à la génétique que nous trouverons des solutions. Depuis le dernier vote de l’UE, les agriculteurs pourront utiliser de nouvelles espèces bénéficiant des NTG (Nouvelles Techniques Génomiques, qui ne sont pas des OGM !). Plus résistantes aux pénuries d’eau, aux fortes températures et aux ravageurs, elles pourront sauver leurs récoltes et notre alimentation.
On cultive déjà la vigne en Bretagne, des arachides dans les Landes et du sorgho dans la Beauce. Les agriculteurs ne sont pas les ennemis du climat, bien au contraire. Ils expérimentent, innovent, et adaptent leurs pratiques pour préserver nos ressources.
L’innovation n’est plus une option, mais une nécessité.
L’élevage n’a pas seulement une utilité alimentaire. Il participe au fonctionnement de son terroir en assurant la fertilisation organique des sols, en entretenant les zones humides, en limitant le risque d’incendie, en préservant le bocage. Il participe aussi à son identité paysagère. Il assure ainsi de nombreux services écosystémiques qui sont d’autant plus nécessaires avec le dérèglement climatique.
Certaines régions qui produisent actuellement assez de fourrage vont voir leurs capacités nutritives diminuer ou disparaître. Il sera donc nécessaire de faire évoluer les systèmes d’élevage, d’utiliser des races plus rustiques, de plus petite taille ou même de changer d’espèces.
Nous devons accroître notre autonomie agricole (alimentaire et autres) afin de moins dépendre des transports (impactés par les évènements climatiques extrêmes et les pénuries énergétiques) et de maîtriser le coût de la vie.
L’agroécologie et la valorisation de ce que l’on appelle les « services rendus par la nature », restaurent les milieux notamment les cours d’eau et les nappes phréatiques, et sont également sources de solutions.
À nous de développer ces nouvelles et passionnantes filières économiques.
Nous devons également rééquilibrer notre alimentation en réduisant notre consommation de viande pour privilégier la qualité et les productions locales, en limitant celle des légumes et des fruits consommés hors-saison ou importés. Ce qui sera meilleur, et pour notre santé, et pour la balance commerciale, et pour le climat !
Les filières devront se réinventer et tous, agriculteurs, industriels, distributeurs, consommateurs, chercheurs et pouvoirs publics doivent évoluer ensemble, de manière coordonnée. Le rôle de planificateur de l’État sera indispensable à moyen et long terme.
C’est au plus près des territoires que nous pouvons identifier leurs risques et faiblesses, leurs atouts et opportunités, les comprendre et leur apporter des solutions. En fonction des spécificités des régions, les conséquences ne sont pas les mêmes et elles ne se déclinent pas de la même façon. Nous devrons mettre en place des Projets de Résilience Territoriale (PRT) articulés par les communautés de communes et harmonisés par les départements, s’appuyant sur les initiatives locales, associant collectivités territoriales, citoyennes et citoyens, acteurs économiques et associatifs.
Ces PRT pourront être mis en place sur le modèle des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT).
Or nous avons besoin et de l’agriculture et de la biodiversité, pour nous nourrir mais aussi pour nous soigner, nous habiller, nous abriter, nous meubler !
Préserver la biodiversité, source de résilience
Nous faisons face à la 5e extinction de masse de la biodiversité. Or elle est la fondation indispensable de toute vie sur Terre et doit être préservée à la mesure de l’urgence.
Pour cela, la protection des milieux naturels est fondamentale.
La loi ZAN, si décriée car s’appliquant indifféremment quel que soit le territoire, est un outil pourtant très utile. La protection renforcée des milieux humides qui, avec les nappes phréatiques, sont nos réserves d’une eau de plus en plus précieuse. Les forêts, qui accueillent près de 72 % de la biodiversité de métropole et jusqu’à 90 % en DROM-COM, doivent être protégées tout en leur permettant de remplir leurs fonctions économiques et sociétales. L’ONF travaille déjà à leur adaptation en multipliant les expérimentations mais les propriétaires privés, qui gèrent 75 % de la forêt française, n’ont pas ces ressources et doivent être soutenus par l’État et l’UE.
Face à cette dévastation, c’est une modification totale des politiques publiques d’adaptation qui est nécessaire. Presque seule à être médiatisée, la question de la disparition des abeilles et de leur travail de pollinisation montre à quel point tout le reste est oublié.
Quand on sait qu’il n’y a aucune coordination entre les Espaces Naturels Sensibles, les zones Natura 2000, les réserves maritimes, les parcs naturels, régionaux ou nationaux, les ONG, les agences de l’eau, les fondations, etc., gérés et financés par tous les échelons administratifs possibles, depuis l’UE jusqu’aux communes, on se rend compte de la tragique sous-estimation de la gravité du sujet. Ce chantier exige une coordination plus forte entre les échelons européens, nationaux et locaux, une remise à plat des circuits décisionnels, une simplification drastique des normes et surtout une évaluation de l’efficacité des actions menées et de leur financement. Il doit être associé à la question de l’agriculture et de la souveraineté.
Pour augmenter notre résilience, nous devons changer radicalement nos rapports avec la nature. Nous devons passer d’un rôle de prédation et d’exploitation à un rôle de partenaire et de collaboration.
Cette modification anthropologique de la conception de notre place sur notre planète est nécessaire à notre survie.
Trois témoignages de Saône-et-Loire
Contribution CUCM
Octobre 2026
Le Journal de Saône-et-Loire, dans son édition du lundi 13 juillet 2026, se fait l’écho de l’initiative de Lucie, jeune femme demeurant dans le Clunisois qui, à l’aide de « tutos » vidéo, se donne pour objectif d’aider ses concitoyens à affronter les fortes chaleurs et ainsi, selon son heureuse formule, « d’éviter d’être en mode survie ».
Cette préoccupation ainsi résumée, nous la partageons sur le territoire de la Communauté urbaine Creusot-Montceau (CUCM), située plus au nord de ce même département de Saône-et-Loire, frappé également par les épisodes caniculaires de cet été, symptômes d’un dérèglement climatique aux conséquences systémiques.
Aussi, dans ces contributions, souhaitons-nous porter notre réflexion sur ce que peut signifier la notion d’adaptation sur ce territoire que nous connaissons bien. Pour cela, nous adopterons la perspective de la société civile (citoyens et associations) et nous interrogerons sa capacité à s’emparer localement de cet enjeu, misant sur son aptitude à porter des solutions originales et réalistes, sources possibles d’inspiration pour des politiques publiques à plus grande échelle.
Concrètement, nous nous ferons l’écho des actions citoyennes entreprises ou potentielles à mener à bien sur notre territoire, afin de nous positionner davantage, souhaitons-le, en « mode souplesse et résilience ».
Dérèglement et changement climatique impactent désormais l’écosystème de la Communauté urbaine Creusot-Montceau et appellent une réflexion collective sur la notion « d’adaptabilité ».
La Communauté urbaine Creusot-Montceau possède cette caractéristique unique parmi ses pairs de rassembler 97 000 habitants répartis entre deux villes-centres, Le Creusot et Montceau, comptant respectivement 25 509 habitants et 17 064 habitants en 2023, et 32 communes rurales dont la plus petite, Charmoy, compte 276 habitants à cette date.
Elle dispose ainsi d’une variété d’habitats qui constitue de multiples façons d’occuper son territoire entre l’urbain et le rural. Par ailleurs, la CUCM constitue le premier pôle industriel entre Paris et Lyon (21 % des 30 000 emplois recensés), et consacre l’essentiel de ses terres agricoles à l’élevage de bovins charolais.
Située entre Morvan, Charolais et Côte chalonnaise, dotée d’infrastructures de transport de qualité, la CUCM a fait du thème de la qualité de vie un de ses axes stratégiques de promotion du territoire. L’indispensable transition écologique doit venir en appui de cette valorisation de l’espace : reconquête des centres-villes et centres-bourgs afin de limiter l’étalement urbain, rénovation de l’habitat, introduction de la nature en ville, préservation de la biodiversité et de la ressource en eau, valorisation des patrimoines naturels et historiques sont autant de pistes d’actions conçues dans ce sens par la Communauté.
Désormais cependant, comme l’ensemble du territoire français, la CUCM doit faire face à un dérèglement de ses conditions climatiques traditionnelles qui laisse augurer l’installation d’un climat profondément différent de celui qui fut le nôtre.
Le territoire de la CUCM est désormais fragilisé. Les évolutions des paramètres climatiques sont de plus en plus marquées et largement instables d’une année à l’autre : températures estivales et hivernales en hausse, niveau irrégulier des précipitations, évènements de sécheresse, inondations et tempêtes, pour l’essentiel. Les effets en sont multiples et bien souvent cumulatifs, notamment la moindre disponibilité de l’eau en surface (utilisée pour les besoins de l’industrie, l’alimentation du canal du Centre, la consommation humaine et animale des élevages) et dans les sols qui deviennent secs et sujets à érosion. Les capacités d’adaptation de l’écosystème dans sa globalité en sont diminuées.
La conséquence de tout cela sur les modes de vie et la santé, la transformation des milieux naturels – 20 % du territoire est boisé – et l’exploitation des surfaces agricoles, est à redouter. Pour ce qui concerne ce dernier aspect, l’essentiel des surfaces agricoles de la CUCM étant consacrée à l’élevage, la question de la production de fourrage est déterminante. Plus largement, la conservation des qualités des sols est également une question majeure.
Une réponse globale et maîtrisée est nécessaire, sous peine d’une altération profonde des paysages et des conditions de vie avec un impact majeur sur l’attractivité du territoire.
Des compétences variées à valoriser et soutenir pour passer à l’action
Comme on pourra le constater au fil de ces contributions, les personnes « témoins » que nous sollicitons disposent des compétences techniques qui rendent légitime leur prise de parole et donnent de la crédibilité aux propositions d’actions concrètes qu’elles formulent. Elles s’expriment dans de multiples domaines de proximité : qualité de l’alimentation pour tous, préservation de la ressource en eau et des espaces humides, pour ce qui concerne les premières contributions.
Un certain nombre de ces propositions est issu d’une expérience très ancienne et éprouvée de la nature. Il ne s’agit pas d’adopter une vision passéiste de notre relation à l’écosystème mais d’en activer le potentiel en mettant à profit pour cela la puissance de la technologie d’aujourd’hui.
Nos interlocuteurs ont pour objectif de partager leur vision et de mettre en œuvre leur dynamisme au sein de structures associatives ou en travaillant en réseau avec d’autres initiatives liées par les mêmes objectifs.
Même si l’actualité de cet été constitue, en quelque sorte, une forme d’opportunité pour s’emparer réellement du sujet et passer à l’action, des limites et des difficultés sont à surmonter si l’on souhaite que l’énergie qui s’exprime au travers de ces contributions ne se dissipe à court terme.
En premier lieu, nos « témoins » rencontrent des difficultés à mobiliser durablement leurs concitoyens autour de ces thématiques de l’environnement, de « l’adaptabilité » ou de la « résilience », au-delà de l’appellation que l’on souhaite employer. Peut-être faut-il attribuer ce fait à un niveau d’individualisme élevé dans notre société, un découragement face à l’ampleur et au caractère systémique des effets du changement climatique, ou plus simplement à la crise de l’engagement, bien identifiée par ailleurs ?
En outre, l’engagement personnel exigé par ces initiatives est important et se heurte de plus en plus à un bénévolat qui devient imposé faute d’autres possibilités. Il faudra trouver les solutions nécessaires afin de valoriser financièrement cet engagement dans un cadre marchand ou non.
Nos interlocuteurs expriment également la nécessité de trouver des points d’appui institutionnels afin d’apporter conseil, structuration et financement à leurs initiatives. Ils attendent des pouvoirs publics au sens large une capacité à dessiner des perspectives, définir des stratégies et fédérer des actions.
En guise de conclusion provisoire, nous nous rejoignons tous également sur la nécessité de porter un regard différent sur la Nature et les potentialités de la ruralité. Il nous semble indispensable de travailler sur l’image que nous souhaitons donner, tant à l’intérieur de notre territoire que vis-à-vis des métropoles. Nous aussi avons besoin d’influenceurs efficaces et la transformation doit être également culturelle.
Source : site web de la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau
Adrien Laporte – Les Jardins bénéfiques
19 août 2026
1. Présentation d’Adrien Laporte
Adrien Laporte, ingénieur de formation et de culture agricole, est le créateur de l’association « Les Jardins bénéfiques » installée sur un terrain cultivé d’un hectare à Montcenis (71).
L’objet de celle-ci est d’enseigner comment cultiver la terre de façon autonome et simple afin d’obtenir une alimentation saine et peu onéreuse. La vocation de l’association s’étend également à la mise en valeur de variétés de fruits et légumes plus nutritifs, plus résistants aux parasites et moins consommateurs d’eau. La découverte et la préservation de la biodiversité figurent également au nombre des objectifs de l’association.
Un centre d’intérêt majeur d’Adrien Laporte est la recherche du bien-être de l’individu en dehors des prescriptions de la technologie moderne. Ayant fait le tour du monde dans l’optique de découvrir les modes de vie de différentes cultures, il est convaincu qu’une clé principale du bonheur des sociétés réside dans l’accès à une nourriture saine et abordable à même de préserver la santé des personnes et donc leur résilience.
Son analyse de la situation climatique actuelle et ses propositions destinées à conforter notre adaptabilité s’inspirent de cette expérience et de cette conviction.
2. Quel regard sur la définition de « l’adaptation »
Les évènements que nous connaissons actuellement conduisent à des manifestations climatiques qui vont au-delà du phénomène de réchauffement. Ils ont été prévus et vont conduire à des bouleversements économiques et sociaux. Il est nécessaire de s’y préparer, notamment en intégrant une dimension de préservation de la santé des personnes à la notion d’adaptation.
La santé est un facteur d’adaptabilité car un individu en bonne santé est en capacité, d’une part, de lutter contre les écarts de températures et, d’autre part, de faire preuve de résilience face aux difficultés. L’alimentation est un levier important de prévention en matière de santé. Une alimentation saine et abordable constitue une clé du bien-être d’une société.
La bonne santé de la terre conditionne dans une large mesure la bonne santé des individus qui y résident : le concept de one health qui unifie ces deux perspectives est pertinent.
Des actions peuvent être menées dans ce sens au niveau d’un territoire, impliquant les personnes et les structures associatives.
3. Les idées concrètes d’actions pouvant être mises en œuvre par un citoyen ou une association
Actuellement, la mise en valeur du sol est inadaptée à ces nouvelles conditions : il est trop travaillé, ne capte pas l’eau ni ne la retient. Cela accélère le phénomène de sécheresse. Il faut diminuer les apports chimiques et essentiellement faire en sorte que le sol soit vivant. Cela conduit à privilégier la qualité – les apports nutritifs – à la quantité. Il faut également se réapproprier les plantes sauvages, planter des arbres et des haies. Cela est plus aisé à mettre en place à une petite échelle car on peut s’affranchir du modèle économique productiviste qui caractérise notre agriculture.
Concrètement, il faut nourrir et améliorer le sol, éviter de trop le retourner, le couvrir afin que la vie se manifeste – compter sur l’action conjuguée des bactéries, des champignons et des insectes. À cet égard, le paillage au sol et le compost sont utiles.
Afin de mieux gérer la ressource en eau, il faut envisager le terrain comme une éponge capable de stocker puis de restituer l’eau. Pour cela, il faut mettre du carbone dans le sol au moyen de paille, de broyat de branches et planter des arbres. Une symbiose va s’établir entre les cultures et les champignons du sol qui vont échanger de l’eau contre de la matière organique issue de la photosynthèse. Pour ce qui concerne les cours d’eau, il faut éviter la ligne droite et introduire des sinuosités qui retiennent l’eau.
Par ailleurs, pour lutter contre les insectes nuisibles et parasites qui s’attaquent aux variétés de légumes et de fruits, souvent appauvries en substances nutritives que nous consommons, il est nécessaire de faire revenir les oiseaux. Planter des arbres et des haies constitue, là encore, la meilleure réponse naturelle, qui, de fait, va contribuer à ombrager les sols.
De manière générale, il faut encourager la biodiversité dans les jardins. On peut d’ailleurs faire le constat que ces pistes d’actions constituent des leviers d’adaptabilité à part entière.
Sur un territoire comme celui de la Communauté urbaine Creusot-Montceau, la forme du jardin partagé ou de ce que l’on nomme le « jardin ouvrier », en structure associative ou portée par une initiative individuelle, constitue une réponse adaptée. Ces terrains permettent d’expérimenter de nouvelles façons de cultiver et contribuent à la diffusion d’un savoir-faire conduisant à une alimentation nutritive à coût modique. Ils contribuent également à l’exercice physique et au développement du lien social, facteurs eux-mêmes de résilience.
L’éducation scolaire et en centre de loisirs des jeunes enfants est une des clés de ce retour à la culture des fruits et légumes frais et plus largement aux choses naturelles. Pour cela, il faut faire confiance au savoir-faire des associations en appui du corps enseignant. Cette thématique est importante car la France va devoir renouveler sa population d’agriculteurs et compter sur des profils d’entrepreneurs curieux de tout, pour faire face à cette nouvelle donne climatique.
Il y a un chantier culturel à engager sur la perception de l’agriculture au sein de notre société.
4. Forces, difficultés et perspectives de l’engagement militant
Les personnes qui s’engagent dans ces démarches associatives disposent de la connaissance technique nécessaire mais il leur est difficile de trouver des relais pour faire perdurer leurs initiatives. Une culture de la responsabilité, de l’effort et de la persévérance est à (ré)introduire car le travail de la terre est souvent perçu comme contraignant.
Une image positive de l’agriculture et du jardinage est à construire et à relayer auprès du grand public. En outre, la formule du bénévolat, au regard de l’investissement nécessaire, atteint vite ses limites.
Au niveau d’un territoire, une vision structurante de moyen-long terme est nécessaire. Les collectivités territoriales peuvent utiliser pour cela un outil tel que la Politique alimentaire locale qui permet de structurer une stratégie sur ces thèmes et mobiliser les acteurs et les moyens nécessaires. Il leur est également possible, en lien avec les bailleurs sociaux le cas échéant, de favoriser les initiatives, que ce soit en matière foncière ou d’appui technique et d’expertise pour permettre aux structures de prospérer et perdurer.
Olivier Léger – guide naturaliste
16 septembre 2026
1. Présentation d’Olivier Léger
Olivier Léger est moniteur, guide de pêche diplômé d’État et président d’une association locale de pêche et de protection du milieu aquatique. Il est également guide naturaliste, spécialiste des bocages et des milieux humides. Impliqué dans la vie du Sud Morvan, il fait également découvrir à des jeunes issus des métropoles urbaines le site de Bibracte, oppidum capitale du peuple éduen.
2. Adaptabilité ou plutôt résilience face à des phénomènes prévus depuis une quarantaine d’années ?
Olivier Léger préfère le terme de « résilience » à celui « d’adaptabilité », se référant à la capacité millénaire de l’espèce humaine à vivre dans des écosystèmes très divers sur l’ensemble de la planète.
Par ailleurs, le terme « d’adaptation » semble parfois, selon lui, consister en une forme d’hypocrisie, consistant à dissimuler la réalité d’une impréparation globale, conséquence d’une logique de recherche de profit de court terme. Les maux qui nous ont accablés cet été ont été anticipés, depuis les années 70 et 80, par les observateurs attentifs de la vie de notre planète. On peut se référer en cela, par exemple, aux interventions télévisées d’Haroun Tazieff ou de Jacques-Yves Cousteau, qui ont mis en lumière, dès cette époque, les conséquences sur les écosystèmes d’une consommation irraisonnée d’énergie fossile et d’une déforestation à grande échelle.
3. Approfondir une gestion commune de l’eau prenant davantage en compte les externalités des pratiques agricoles sur la qualité des ressources naturelles
Aujourd’hui, la sécheresse qui sévit depuis le mois de juin sur le territoire de la CUCM met en relief les enjeux d’une gestion raisonnable et partagée de l’eau. Pour ce qui nous concerne, il s’agit essentiellement des ressources des bassins versants de l’Arroux et du Mesvrin destinées prioritairement à l’usage agricole et humain et de façon marginale à l’industrie.
La Saône-et-Loire occupe en effet une place majeure dans le paysage agricole français : premier département pour l’élevage, premier également en ce qui concerne les vaches allaitantes, deuxième pour ce qui est des troupeaux caprins, etc. Il faut donc partager, avec les acteurs de ces filières, une vision permettant de limiter la pression sur la ressource et de protéger la biodiversité aquatique et terrestre.
Le retour des loutres et des cigognes noires constitue un signe encourageant d’amélioration de la qualité de l’eau, cependant la raréfaction d’autres espèces (pie-grièche à tête rousse par exemple) signifie que des difficultés demeurent.
Il est indispensable également de préserver la qualité des sols et des eaux. Des obstacles sont à surmonter avec l’appui des éleveurs et des agriculteurs. Par exemple, le déparasitage chimique des bovins, indispensable à la bonne santé de l’animal, réduit fortement la biodiversité en raison de la concentration des troupeaux et de leurs déchets organiques pollués. De même, les tracteurs souvent très lourds tassent les sols et altèrent leur exploitation.
On peut envisager de réintroduire, pour partie, une logique vivrière de polyculture dans l’exploitation des parcelles agricoles, dont la surface est beaucoup plus importante depuis une quarantaine d’années et qui sont désormais destinées, dans une large mesure, à l’alimentation animale. Ces parcelles labourées en profondeur ont perdu les particules fines qui évitaient leur transformation en boue lorsque les pluies sont fortes. Le drainage, encore utilisé, pose question. Il est destiné à faciliter le passage des tracteurs de plus en plus lourds.
Ne serait-il pas plus judicieux de conserver les zones humides, synonymes de stockage de l’eau dans les sols ?
L’introduction d’une dose de logique vivrière dans les pratiques agricoles suppose la création de circuits courts de distribution des produits dans les zones urbaines voisines. Pour cela, il est nécessaire de réunir deux conditions : la présence d’un réseau d’infrastructures routières performant et l’existence d’un marché solvable suffisamment dense. Ces conditions sont réunies par exemple en Côte-d’Or avec la métropole de Dijon ou pour l’agglomération de Mâcon en Saône-et-Loire. La Politique Agricole Commune pourrait avoir un rôle à jouer dans la réalisation de ces objectifs.
4. Des pistes d’actions et la nécessité de porter une autre appréciation sur la ruralité
Nous partageons le sentiment d’Olivier Léger qu’il est possible de renouer avec des principes et des solutions anciens tout en bénéficiant de la puissance et des effets de levier des technologies modernes.
Par exemple, pour ce qui concerne la gestion des cours d’eau, l’objectif des acteurs, Agence de l’eau, Office français de la biodiversité, fédérations de pêcheurs entre autres, doit être d’aider les éleveurs et les agriculteurs à améliorer leurs pratiques. Les associations de pêche, très présentes sur le département, ont un rôle à jouer dans la préservation des milieux aquatiques. Concrètement par exemple, la mise en place d’abreuvoirs en plein champ avec pompe solaire serait préférable à l’utilisation par les troupeaux des cours d’eau.
En outre, il pourrait être intéressant de promouvoir la récupération systématique des eaux pluviales provenant des toitures des bâtiments agricoles, d’encourager les citernes enterrées au niveau communal ou intercommunal avec gestion collective des usages.
En matière d’utilisation des sols, outre la réintroduction des haies, il faudrait songer à celle du millet, céréale vivrière utilisée depuis l’Antiquité notamment sur notre territoire et plus résiliente que le blé en matière de consommation d’eau, etc.
À l’usage des particuliers, il faut revaloriser, dès que cela est possible, les jardins potagers qui permettent la polyculture vivrière. L’entretien des puits doit être soutenu. L’usage de la terre crue en matière de construction pourrait être encouragé.
Au niveau réglementaire, les normes de production des fruits et légumes ont bien souvent comme conséquence le gaspillage alimentaire, cela doit être amendé.
Pour conclure, il est maintenant nécessaire de porter un regard différent sur le monde rural en le considérant davantage comme une source de solutions éprouvées, robustes et résilientes. Les évolutions à mener sont aussi et peut-être prioritairement culturelles.
