Malgré les alertes, nos politiques d’adaptation n’ont pas pris la mesure du danger des canicules. La chaleur est devenue un risque sanitaire : pour une personne en bonne santé, le stress thermique commence dès qu’il fait 28 °C.
La température normale du corps humain en bonne santé se situe entre 36,1 °C et 37,5 °C.
Quand il fait chaud, en transpirant (c’est-à-dire en émettant de l’eau qui en s’évaporant rafraîchit la peau), le corps reste à la bonne température (c’est le même mécanisme en cas d’effort : celui-ci fait monter la température de notre corps mais il produit aussi de la transpiration qui le rafraîchit).
Mais avec 100 % d’humidité dans l’air, la transpiration ne peut plus s’évaporer et le corps ne se refroidit plus. L’impact des canicules est donc d’autant plus dramatique que le taux de vapeur d’eau dans l’air est important. En Inde, les décès se comptent par dizaines de milliers, l’été ayant connu des températures dépassant 45 °C, voire 48 °C dans l’Uttar Pradesh.
Lorsque la température du corps monte au-delà de 40 °C, les organes sont touchés. Au-delà de 42 °C, le pronostic vital est engagé.
En France, les morts sont majoritairement les plus de 75 ans et les personnes fragiles vivant en milieu urbain dense. Cette année, il semble que les décès surviennent majoritairement au domicile et pas à l’hôpital.
Quels outils avons-nous à notre disposition ?
Le coût sanitaire de l’absence de climatisation est documenté : surmortalité et baisse de productivité.
Raisonnons donc comme les médecins, en mesurant le bénéfice attendu de la climatisation par rapport au risque encouru (consommation électrique et transfert de chaleur à l’extérieur).
Aux États-Unis et au Japon, pays de la climatisation partout, il y a, proportionnellement, moins de décès dus aux températures extrêmes qu’en Europe.
Climatiser hôpitaux, EHPAD, crèches ou écoles n’est donc ni un luxe ni une question de « confort » d’été, c’est une mesure de santé publique ! Il y a quelque chose de profondément dérangeant à observer que magasins et centres commerciaux sont climatisés mais qu’on doit priver nos enfants d’aller à l’école car celles-ci ne le sont pas.
Les données disponibles invitent à raisonner en bilan net : la climatisation peut générer des effets négatifs locaux par déplacement de la chaleur à l’extérieur, mais elle réduit aussi fortement l’exposition des personnes vulnérables lors des épisodes extrêmes. L’enjeu est donc de la réserver en priorité aux lieux où le bénéfice sanitaire est le plus élevé.
Les canicules récentes ont un impact large et multiforme sur la population générale, bien au-delà des personnes âgées et des enfants. Parmi les effets directs, il y a des risques physiques immédiats (coup de chaleur, déshydratation), des aggravations de maladies chroniques, des troubles du sommeil et des troubles psychologiques, des accidents du travail.
Sont également à risque, les femmes enceintes, les bébés, les enfants et les adolescents, les personnes sans domicile fixe et, bien sûr, toutes celles et tous ceux, souvent les plus modestes, qui vivent dans les bouilloires thermiques.
À cela, il faut ajouter les effets indirects comme la pollution de l’air (ozone et particules fines), la saturation des services hospitaliers, notamment des urgences, et des services funéraires, les noyades, notamment des jeunes car la tentation de se baigner est grande.
La chaleur n’a pas seulement un impact sur la mortalité, elle réduit aussi notre productivité.
Quand la température dépasse les 30°, c’est 4 % de productivité en moins par degré supplémentaire. Aussi, si c’est possible, climatiser bureaux, entrepôts ou autres lieux de travail permet de continuer à travailler efficacement et de ne pas ajouter de risques économiques aux problèmes sanitaires. Et l’impact est radicalement plus important pour toutes celles et tous ceux qui travaillent en extérieur, sans moyen de faire baisser la température. Horaires aménagés, accès prioritaire à l’eau, vêtements et temps de travail adaptés sont alors absolument indispensables.
Parmi les nombreuses publications scientifiques sur le sujet, cette étude japonaise (Chua et al., 2023, Environment International) démontre que la chaleur rejetée par la climatisation est responsable de 3 % des décès liés à la chaleur, tandis que la climatisation en évite 36 à 47 %.
Un bilan net et sans ambiguïté.
